FUNKADELIC, Pedro Bell l STANDING ON THE VERGE OF GETTING IT ON l 1974


Frères et soeurs, en cette église Saint-Pierre de Firminy, je vous le dis. Sous mon aube immaculée, je frémis dans l'attente de la Divine Semence. Car moi, le Père Triple X, je sais trop combien les apparences sont trompeuses.


Mais ne vous méprenez pas et écoutez-moi bien. Car je le sens, chers fidèles, vous craignez déjà de subir l'énoncé exhaustif des fausses pistes ayant présidé à la rédaction de mon sermon. Soyez rassurés, il n'en n'est rien car nous-mêmes, nous ne sommes pas grand-chose. Ne redoutons pas la honte. Acceptons notre ignorance et sacrifions ensemble nos doutes sur l'autel du Savoir pour consulter sans tarder, chers frères, chères soeurs, les plus grands spécialistes de l'histoire de l'art vinylique.

Reportons nous à la pensée d'Alain Jaubert, créateur de l'illustre Palettes, pour qui l'artiste Pedro Bell, jumeau graphique de George Clinton, se démarque de tous ses contemporains. Il nous présente l'oeuvre essentielle de l'artiste, Standing On The Verge Of Getting It On:

"Les talons dans l'eau, la rouge moman chaude observe la scène à l'abri de la falaise. Au centre, un chevalier torinoteutonique de récupération menace de ses dagues aléatoires la parade P-funk. Son incommensurable queue rappelle l'aspirateur virtuose de Cal Shenkel. Elle se termine sur le pan gauche du dyptique, en un prototype de Mothership galbée, sur laquelle trône le messager, Hermès phrygien au fouet Spartacus. De gauche à droite, au bord de la verge: les choristes mènent la revue, l'homme à tête de low ride, à la cool, précède Calvin Simon enchatté; Eddie, le Hendrix noir, ferme la marche. Au sommet de la falaise grise, qui occupe la partie droite de l'oeuvre, le Captain batracien, Pedro lui-même, vraisemblablement (la signature sur le costume faisant foi), prête un oeil perplexe à la scène (mais peut-on réellement décrire ce regard ?). A ses pieds, la poupée gonflée du Cosmic Slop reste interdite. De Cosmic Slop à Hardore Jollies, Pedro est allé très loin, entérologiquement parlant. On ne sait que choisir entre la poupée gonflable zombie du Cosmic Slop, la morgue giallo de Let's Take It To The stage ou les giclées crémeuses d'Hardcore Jollies. L'immédiate sensation de rejet que procure l'oeuvre de Pedro Bell n'a que peu d'équivalent dans l'histoire de l'Art rock. Car si de nombreux artistes sont parvenus à énucléer bon nombre de mélomanes par l'exposition de clichés douteux (Hinten de GURU GURU, Push Push d'Herbie MANN,...), rares sont ceux qui parvinrent à créer un abîme aussi profond entre l'oeuvre musicale et sa concrétisation graphique. Pour retrouver une démarche aussi aboutie, il faut se reporter aux travaux de Lemi Gharioukwu ou Remi Olowookere, peintres autorisés du messie de Kalakuta.
Pedro Bell occupe une place de choix dans la galaxie P-Funk. Traumatisé par l'écoute de la larve qui fait des fleurs au cerveau (l'hommage posthume d'Eddie Hazel, ce démon du manche suppôt du manchot de Seattle), il consacrera le reste de son existence à illustrer la musique chamarrée du groupe de musique Funkadelic, en présentant à la face du monde sa vision afro-américaine du psychédélisme. Ses "scartoons" recèlent des milliers de digressions, infinies, gorgées d'humour cocaïnomane de bonne tenue, apportant, en germe, la mystique qui prolonge l'oeuvre de George Clinton au-delà de sa musique. Comme les crayonnés de Daevid Allen, mais en plus appuyé. Car la nuance n'est pas à proprement parler la caractéristique principale du travail de Pedro Bell. Il s'attache plutôt à sur-représenter les symboles iconiques qu'il tient à reproduire à loisir. Son indifférence absolue à la palette chromatique renforce encore cet appétit pour l'activisme visuel. D'où ce soulèvement irrépressible du diaphragme à chaque vue. Il est difficile de considérer Pedro Bell comme un chef de file, sauf à reconnaître son apport à la recherche sur la cataracte. On peut simplement regretter que son travail ait trouvé des héritiers, comme dans les clichés de Diem Jones ou dans le Bop Art d'Overton Loyd."



L'apport d'Alain Jaubert à l'analyse funkateer s'arrête ici. Ne comptez pas sur ce nigga pour s'émouvoir du son incredibeautifuzzy tight de Standing On the Verge... C'est pas non plus le genre à se prosterner devant les phalanges d'Eddie, considérant le génie de ce dernier comme un alibi de sa dépendance au talc. Alors que ce maniaque de la gouache aurait pourtant pu, chers frères, déchiffrer le tryptique qui s'ouvre à nos tympans innocents. Ou comment incarner l'étreinte en musique.

Grand 1: L'approche
Vous ne l'ignorez point, la drague est absurde. Pourquoi ? Car elle est calculée. George l'exprime très clairement: soit la drague est monnayée, soit elle est stérile. Elle est monnayée, quand Eddie conseille à sa moman rouge de prendre le trottoir pour survivre, suite à l'égarement de son dossier d'allocations par les services de la CAF du New Jersey. Elle est inutile quand c'est au tour d'Alice, l'hôtesse de l'air, enfin délivrée de la morsure fatale des canines de Smedley Smorganoff. J'entends par ici les gens s'extasier sans limite devant la fougue incessante du Maggoteer, frissonner à chacune de ses vrilles millimétrées, suer à chaque enclenchement idoine de sa Cry Baby, ou encore s'affoler de la fluidité de ses veines. C'est acquis, ne les blâmons pas. Le plaisir est immédiat et durable. Mais je vous en conjure, cessons d'hurler avec les moutons de Panurge, et réhabilitons sans plus attendre la télépathie mécanique du clavinet de Bernie avec le beat asséché de Tiki. Et plaindre Alice, un cran d'arrêt rouillé sous sa gorge, saturée d'urines. L'amorce est nerveuse, passionnée. L'étreinte est inévitable.

2 Caresses
Parmi vous, certains pudiques païens accros à l'efficacité primale regretteront la platitude de l'encéphalogramme des choeurs anonymes, ou encore moqueront l'évidence du piano caricatural d'Ill Stay. A ceux-là, je veux leur rappeler que ces oripeaux ne sont qu'au service du plus pur des larsens, signal liquide de l'extase permanente qu'entretiennent, à l'horizontale, Eddie et son disciple causasien Ron. Autrement plus suave que les miaulements de gelée royale de Donny Hathaway, isn't it ? Vous le savez, le sexe est double. Celui de Starchild est plus compliqué. Une sexualité de nourrisson, ambiguë, mais pure.

Focus: Le coup de rein définitif qui fait mal
Que l'urètre divin inonde de son urine dorée l'hêtre de votre moitié canine ! Vous croyez depuis trop longtemps que l'indifférence au dancefloor est gage d'intégrité. Vous vous glorifiez de ne pas céder à l'instinct sauvage. Tremblez, timides ! Prosternez-vous devant Fuzzy, le corpulent concupiscent, qui impose de ses coups de boutoir siffrediens son beat qui colle sec. Aux bonbons. Car à ses yeux, vous êtes sa chose.

Fin. Le repos éternel
Vous voilà désormais prêt à faire face. Vous vous sentez plus fort car vous sentez fort, mais vous n'êtes pas invincible. Inexorablement, votre esprit épouse les cordes liquéfiées. Votre corps a trop souffert, car vous avez vécu. Oubliez-le, il est heureux. Mais maintenant vous devez partir, avant de devenir l'éternel otage de cette insatiable sensation de manque. Et vos larmes n'y pourront rien changer.

N.B.: cette chronique n'a pas reçu l'aval de We go funk.

18 commentaires:

  1. Hideuse, je ne sais pas, mais franchement dérangée! Jolie chronique. Tu as soigné ton entrée.

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  2. tiens..jamais vu ce disk dans les bacs..où alors j'ai zappé vite fait. Fun à la Zappa.. vraiment bof lapochette.

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  3. Raaaaah le funk! Pas ma tasse de thé! Pochette zarbi , c'est clair!

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    1. Roooooh, c'est bien plus que du funk, le P-Funk. Colle-toi le Live à Houston 76 pour t'en assurer.

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  4. Connais pas celui là, ni l'intérieur, ni la pochette qui est plus de mauvais goût que moche. Et merci pour te texte sublime.

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  5. Bravo ! On ne m'a jamais aussi bien "vendu" un album de Funkadelic. Oui la pochette m'aurait fait zapper instantanément. Oui ta chronique titille la curiosité. Et sinon je sais pas à quoi tu tournes mais s'il t'en reste...

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    1. Il me reste un fond de Saint-Aubin, mais c'est du 2011, encore un peu vert.

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    2. Humm...ça dépend. Saint-Aubin dans l'Essonne, en Côte d'Or, dans l'Aisne ?
      Attention tout ce que tu diras pourra être retenu contre toi.

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    3. Côte d'Or, bien sûr. Mais ça y est, je viens de le finir. C'est important de s'hydrater, surtout en hiver, on n'a que trop tendance à l'oublier. Article en préparation dans Santé Magazine.

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  6. Hello.
    Bon, niveau religion j'avoue que j'avais pas encore fait mon choix euh... c'est où qu'on signe ?
    Moi elle me plaît bien cette pochette, bravo en tout cas.
    EWG

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  7. La pochette, je le trouve comme la musique... datée et référencée, ni belle ni laide, mais je l''imagine trippante quand on entre dans son jeu... d'où la belle chronique. Et je confirme que c'est plus que du funk...

    http://grooveshark.com/#!/album/Standing+On+The+Verge+Of+Getting+It+On/3473779.

    Ici aussi captcha... ça peut se désactiver dans les préfs blogger, merci d'avance. Peu de chance que ça attire les robots, trop charnelle!

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  8. Je connais pas du tout, mais j'ai dévoré ta chronique! Quant à la pochette, elle me parait presque sympa maintenant...

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  9. Si c'est Funkadelic, la musique est excellente. Et en effet, dans le même style, ils ont bien mieux réussi certaines autres pochettes. Tout bon donc !

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  10. Encore du moche de compèt par ici, bravo ! Pour la musique je pense que je vais en rester au Funkadelic 70s mais bien tenté.

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    1. Et quand bien même cet album date de 74 ? Je m'interroge.

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  11. J'aime assez les pochettes kitch de Funkadelic-Parliament...

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  12. Ben moi je trouve ce disque excellent et la pochette parfaite. Demi succès donc ...

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